Raccourcis
La célèbre « reine des voleurs » de la Côte d'Azur
Il y a un peu plus d'un siècle, l'une des plus grandes célébrités au monde était une voleuse charmante et belle qui ciblait les riches de la Côte d'Azur. Son arrestation fit sensation dans le monde entier.

Pour un voleur de bijoux et escroc, l'atmosphère de la Côte d'Azur de l'époque aurait été irrésistible, pleine de riches marques attirées par la popularité de la région auprès de la famille royale et des voisins. Casino de Monte-Carlo.
La Comtesse était passée maître dans l'art du déguisement et de la tromperie, et elle changeait souvent d'apparence et d'identité pour éviter d'être détectée. Elle assistait fréquemment à de somptueuses fêtes et événements sur la Côte d'Azur, où elle se mêlait aux riches et aux célèbres. Une fois qu'elle avait gagné la confiance de ses victimes, elle volait leurs objets de valeur, notamment des bijoux, de l'argent liquide et d'autres objets de valeur, souvent sans qu'elles s'en rendent compte jusqu'à ce qu'il soit trop tard.
Elle aurait dirigé un groupe de voleurs qui adoptaient des identités tout aussi prestigieuses, se faisant passer pour un diplomate italien ou le fils d'un riche armateur. Lors de ses séjours à l'hôtel ou de ses voyages en paquebot, elle observait les autres passagers et évaluait leur potentiel en tant que cibles. Un carnet détaillant ses analyses a été découvert lors de la perquisition de son appartement parisien après son arrestation.
La Comtesse était largement admirée et respectée par ceux qui la connaissaient. Elle était connue pour sa beauté, son intelligence et son esprit, et de nombreuses personnes étaient attirées par sa personnalité charismatique.
Pendant deux décennies, la comtesse de Monteil ciblait les riches individus de la Côte d'Azur, volant des bijoux, de l'argent liquide et d'autres objets de valeur tels que des tableaux et des antiquités.
Ce qui rend ses exploits très impressionnants, c'est qu'à l'époque, la noblesse française était une société très fermée. La pseudo-comtesse risquait de se trahir simplement en ne sachant pas prononcer correctement tel ou tel nom.
En 1892, la comtesse de Monteil attira l'attention de la police française suite à une série de vols étrangement concordants commis pendant quatre ans dans des hôtels où elle séjournait. Malgré cela, cette escroc élégante continua d'opérer autour de la Méditerranée pendant seize ans avant son arrestation.
Aux petites heures du matin, elle pénétrait par effraction dans la chambre d'hôtel de sa cible, empochait ses objets de valeur, puis s'éclipsait à nouveau, sans être détectée. Au procès, aucun des bijoux en sa possession n'a été identifié comme volé, ce qui suggère qu'elle et son réseau de voleurs travaillaient avec des bijoutiers clandestins qui achetaient les biens volés ou plaçaient les pierres précieuses dans de nouveaux écrins méconnaissables pour leurs propriétaires.
L'un des vols les plus célèbres de la comtesse eut lieu lors d'une soirée à Monaco, où elle parvint à dérober un collier d'une valeur de plus d'un million de dollars. Elle vola également une importante somme d'argent à un riche homme d'affaires dans un casino de Nice, ainsi qu'un tableau de grande valeur à un collectionneur à Cannes.
Les journaux ont souligné son courage et son audace, notamment lorsqu'elle a braqué le même banquier suisse à trois reprises. La troisième fois, il s'est réveillé et a donné l'alerte, mais elle s'est enfuie en courant dans sa chambre, où elle a fait semblant de dormir et n'a jamais été soupçonnée.
À une autre occasion, un hôtel l'a accusée ainsi qu'un complice de vol ; les deux hommes ont combattu l'accusation devant le tribunal et ont remporté un procès en diffamation contre l'hôtel. Même si elle était une criminelle escroquant les riches, elle était également décrite comme une femme du peuple. Le Petit Parisien a noté que sa femme de chambre l'aimait et la respectait, et qu'elle était une généreuse benne.

Après des années de traque, la police française était sur le point de prendre la prétendue comtesse de Monteil en flagrant délit. Aux premières heures du 8 mars 1908, la célèbre Promenade des Anglais, si animée le jour, était déserte. Il en allait de même des couloirs de… Hôtel Impérial de Nice. Dans un couloir somptueux, une femme en noir se déplaçait sans bruit dans des chaussures à semelles de feutre, se fondant dans l'ombre. Elle portait un voile noir qui enveloppait ses traits et portait un ensemble de crochets en argent. Mais cette fois, elle a été suivie par la police, qui l'a rattrapée alors qu'elle s'enfuyait et l'a arrêtée au bord de la Baie des Anges.
L'enlèvement de la comtesse de Monteil fit immédiatement sensation dans les médias, faisant la une des journaux internationaux. Les reportages insistaient sur sa beauté et sa ruse, la surnommant « la souris d'hôtel » et « la reine des voleuses ». Une couverture médiatique mondiale exhaustive décrivait en détail ses somptueuses robes de soirée en dentelle et ses bagages de luxe.
Après son arrestation, la comtesse est devenue une sorte de héros populaire dans les médias. Les inégalités de revenus dans la France du début du siècle ont peut-être altéré son image. "Il semble qu'à chaque fois que la société est dans un état de crise et de flux économiques, le cambrioleur devient soudainement ce personnage méchant emblématique et glamour", explique l'historienne Eloise Moss. "Je pense qu'il s'agit d'un commentaire politique très important, d'un mécontentement face aux inégalités économiques, et aussi d'une façon de s'imaginer dans un style de vie différent, plus illicite et aventureux."
L'histoire de la comtesse de Monteil s'est répandue dans l'actualité comme un avertissement sur les dangers de faire confiance aux étrangers, en particulier à ceux qui semblent charmants et charismatiques. C’était une histoire salace qui mettait en lumière l’avidité et les excès de l’élite fortunée de la Côte d’Azur à cette époque. C’était choquant qu’ils soient prêts à baisser leur garde face à un voleur aussi habile et rusé.
Le faste de la Côte d'Azur contrastait fortement avec le milieu dans lequel avait grandi la future reine des voleuses, née Amélie Condemine. Son père était boucher à Mâcon, petite ville rurale de Saône-et-Loire, région du centre de la France surtout connue pour ses vignobles. À 18 ans, elle épousa Ulysses Portal, négociant en vins de quatorze ans son aîné, et le couple s'installa à Paris.
On sait peu de choses de cette période de sa vie, mais la presse a rapporté qu'après dix ans de mariage, le couple s'est séparé et qu'elle est partie vivre aux États-Unis. Les seuls indices concernant ses activités là-bas sont des photographies que la police a retrouvées plus tard parmi ses affaires, la montrant en compagnie de l'élite new-yorkaise – et même à bord d'une montgolfière – d'après les articles de presse.
En 1888, elle retourna en France sous le nom de comtesse de Monteil et entama une série de crimes qui allait durer vingt ans. Cependant, sa chance finit par tourner et elle fut arrêtée et condamnée à dix ans de travaux forcés. Elle fit appel, mais sa requête fut rejetée.
La pseudo-comtesse n'a jamais avoué ses crimes, insistant tout au long de son procès sur le fait que ses bijoux et son argent étaient des cadeaux d'un grand dignitaire espagnol et d'un pacha égyptien, entre autres.
Après avoir été reconnue coupable et condamnée, elle a disparu de la conscience publique et est revenue dans l’ombre. Bien que les archives confirment qu’elle a été libérée de prison en 1918, son sort est inconnu…